Ares : comment se vit l’insertion par le travail quand celui-ci est arrêté

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La mission d’Ares, c’est l’insertion par le travail. Mais le 17 mars 2020, celui-ci s’est arrêté. Sur mille parcours d’insertion, ce sont les deux tiers qui se sont interrompus quasiment le jour du confinement.

Comment s’adapter et comment reprendre l’insertion dans un monde qui ne sera plus jamais exactement le même ? Rencontre avec un grand partenaire de la Fondation Société Générale qui a dû faire face à cette réalité : comment poursuivre l’insertion par l’activité économique quand celle-ci est arrêtée.

La situation d’Ares

Fabien de Castilla, co-directeur général du Groupe Ares, n’a pas peur de présenter la situation dans toute sa transparence. Ce confinement, cela a été 70% d’activité en moins et donc mécaniquement 70% de chiffre d’affaires en moins. Pour préserver son association, il s’est donc retrouvé contraint de mettre 70% de ses collaborateurs en chômage partiel.

« Nous sommes essentiellement des prestataires de services en insertion, nous livre Fabien. La majorité des prestations ont été arrêtées à l’initiative de nos clients, pour quelques autres nous avons pris nous-même la décision d’arrêter parce que les conditions de sécurité n’étaient pas réunies pour un accueil qualitatif. »

Le métier d’Ares, c’est un double accompagnement de ses publics : d’un côté par un parcours d’insertion par le travail et de l’autre par un suivi social et professionnel. Pour le premier, nous l’avons déjà évoqué, le travail s’est arrêté pour la plupart des salariés.

« Cela a cassé le rythme du parcours d’insertion, explique Fabien De Castilla. Et cela a fragilisé les personnes qui étaient déjà en difficulté. »

De l’autre côté, le suivi social et professionnel était essentiellement réalisé en présentiel par des chargés d’accompagnement socio-professionnel. Ils passaient en moyenne une heure par semaine avec chaque salarié. Du jour au lendemain, cela a été rendu impossible par le confinement.

Maintenir le lien coûte que coûte

La première action d’Ares a donc été de dématérialiser son accompagnement. Toutes les équipes sociales ont basculé en télétravail pour poursuivre le suivi en téléphonant aux salariés en parcours d’insertion a minima une fois par semaine. Les échanges continuent également par SMS, par email et via des outils comme WhatsApp.

L’objectif numéro un, c’était de garder le lien.

Pour Mélanie Robin, responsable de l’accompagnement social et professionnel du groupe Ares, il fallait rester le plus à l’écoute des bénéficiaires pour identifier quand il y avait des urgences sociales pour pouvoir y répondre autant que possible. Ils étaient ainsi d’autant plus vigilant avec les publics qui pouvaient avoir des problèmes d’addictions ou des problèmes sociaux importants (personnes à la rue, etc.).

« On était particulièrement attentif à ces publics-là pour s’assurer qu’ils avaient des réponses à leurs besoins spécifiques », nous explique-t-elle.

La nature des échanges a souvent évolué avec ce confinement : on parle moins des freins sociaux à l’emploi et plus du bien-être individuel et familial.
 

« Comment gérez-vous cette période ? » Voilà la question récurrente, que ce soit pour parler de la gestion du temps d’école avec les enfants, ou le fait de devoir gérer avec un enfant handicapé alors que de nombreuses aides ne sont plus disponibles.
 

Mais Ares a très vite compris que, si le maintien du lien avec ses publics en insertion était important, il fallait également mettre en place des actions à destination de ses propres collaborateurs. La communication s’est aussi développée entre les équipes d’accompagnants puisqu’Ares a mis en place ce qu’ils appellent une « hotline sociale » pour prendre des nouvelles des chargés d’insertion au quotidien et pouvoir mutualiser les bonnes pratiques et partager les informations.

Le grand projet de digitalisation se poursuit

Le groupe Ares n’a évidemment pas attendu le confinement pour lancer sa transformation numérique. Ainsi, depuis 2017, plusieurs chantiers de digitalisation ont été lancés grâce notamment au soutien de la Fondation Société Générale.

Cette crise sanitaire a eu un effet d’accélération monumental sur la digitalisation du groupe. On a pu assister à une montée en puissance des usages et une plus grande appropriation des outils.

Fabien De Castilla, co-directeur du Groupe Ares

Cette transformation digitale s'articule autour de trois axes majeurs :

1- La formation au numérique, désignée comme « un vrai levier d’employabilité », cette formation se concentre sur l’accompagnement aux démarches professionnelles et sociales via les outils informatiques.

2- La formation aux outils de production numérique est un moyen de permettre la montée en compétences, et donc en employabilité, de leurs collaborateurs. Ils les amènent à manipuler des outils informatiques au quotidien pour leur permettre de réaliser des tâches complémentaires (gestion des stocks, archivage, etc.)

3- La digitalisation des outils d’accompagnement sociaux, pour simplifier les interactions entre le personnel d’accompagnement et leurs bénéficiaires. Plutôt que de passer du temps à faire de la saisie administrative en présentiel, cela libère du temps pour le passer de manière plus qualitative.
 

Une salariée équipée d'une visière en entretien de suivi.

Une pédagogie de tous les instants

Mélanie Robin a découvert que la peur était à double tranchant chez leurs bénéficiaires. Ils ont peur de perdre leur activité… mais ils ont parfois encore plus peur du retour sur le lieu de leur activité.

Le 11 mai n’a pas été le jour du débarquement dans les bureaux. Cela va se faire de manière très progressive. Le challenge sera de faire reprendre tout le monde au même niveau qu’auparavant.

Fabien De Castilla, co-directeur du Groupe Ares

Un travail de pédagogie de tous les instants s’impose alors pour le groupe Ares.

S’ils avaient immédiatement identifié le besoin d’adapter l’environnement de travail, il a été également nécessaire de guider le comportement des collaborateurs en insertion pendant les moments de pauses, et leur conseiller une ligne de conduite pour se rendre sur le lieu du travail.

Fabien nous raconte alors cette scène de vie pendant le confinement où les employés respectaient l’ensemble des règles en arrivant à des horaires différents, en se limitant aux salutations orales, etc.

Par contre, quand la pause café arrivait, ils leur arrivaient de s’asseoir tous sur le même banc sans respecter la moindre distance de sécurité.

« Il faut être très vigilant sur ces nombreux réflexes qui sont durs à acquérir, explique De Castilla. Et c’est encore plus le cas pour les personnes qui maîtrisent mal la langue ».

Les équipes d’ARES se sont rendues compte qu’elles avaient très bien préparé l’environnement de travail, mais qu’elles avaient omis de penser aux à-côtés.

C’est ainsi qu’il a fallu deux semaines de confinement pour comprendre que ce n’est pas le fait d’être au travail qui faisait peur… mais le trajet entre la maison et le travail. Ils ne se sentaient pas en sécurité dans les transports en commun. Il fallait donc une nouvelle fois accompagner les bénéficiaires dans cette situation inédite.

Cette période de confinement a ainsi été riche en enseignements pour le groupe Ares. Les problématiques rencontrées par les 30% des travailleurs en activité pendant le confinement se sont révélées être une répétition précieuse pour préparer le retour sur site de l’intégralité de sa force de travail.