Conjuguer insertion professionnelle et confinement

Comment poursuivre l’insertion professionnelle des publics vulnérables en plein confinement ?

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Le confinement s’est révélé être une épreuve collective : forçant chacun à s’adapter et à réinventer son quotidien et son activité autour de cette nouvelle contrainte.

Comme souvent, cette crise a pourtant eu un effet démultiplicateur pour les personnes qui étaient déjà en situation de vulnérabilité.

Il était ainsi crucial pour les organisations spécialisées dans l’insertion professionnelle de ces publics, de trouver les moyens pour faire face à cette difficulté et continuer au mieux leur accompagnement.

La Fondation Société Générale s’est rendue auprès de trois acteurs qu’elle accompagne, en France et en Afrique, pour prendre le pouls et voir comment ils se sont adaptés pour remplir cette mission d’insertion des personnes vulnérables : Social Builder, Konexio et Simplon.

 

Confinées, mais pas démotivées

Si la période s’est avérée être un véritable parcours du combattant pour tous les acteurs du secteur, il n’était pas question d’annuler les formations et d’abandonner ces publics pendant toute la période du confinement.

 

Il fallait gérer l’urgence. Il était hors de question que l’on ait fait tout un processus de sélection, que l’on s’engage auprès des femmes pour finalement annuler. 

Emmanuelle Larroque, fondatrice et CEO de Social Builder

La Fondation Société Générale est partenaire du programme phare de Social Builder "Women In Digital", qui forme aux métiers du numérique des femmes en situation de précarité de Seine-Saint-Denis.

L’entreprise sociale a donc tenté de maintenir toutes les formations quand cela était possible. Et les femmes sont au rendez-vous puisque Social Builder ne dénombre aucun décrochage : force est de constater que les femmes continuent d’investir sur elles et sur leur projet professionnel.

Le constat est le même de l’autre côté de la Méditerranée où Simplon, partenaire prioritaire du programme Afrique de la Fondation, opère des programmes de formations au code dans de nombreux pays, et notamment au Sénégal.

« La plus grande difficulté, ce n’était pas de motiver les apprenantes, ce sont même elles qui sont venues challenger l’entreprise sociale pour s’assurer du suivi des programmes", nous rapporte Bouna Kane, directeur Afrique de Simplon.

Une partie des formations se sont ainsi poursuivies en ligne, demandant là aussi de mobiliser de nombreuses solidarités pour en apporter les conditions nécessaires.

Fournir le matériel et la connexion

Mais poursuivre les formations en ligne est une solution qui n’aura été ni simple à mettre en place, ni universelle.

Le premier frein à la reprise des formations en ligne est matériel : il faut fournir des ordinateurs aux bénéficiaires qui n’en ont pas.

C’est le cas de Konexio, association accompagnée par la Fondation Société Générale dans la formation aux compétences numériques des personnes réfugiées en France. Sa co-fondatrice, Jean Guo, s’est trouvée confrontée à un dilemme toujours insoluble aujourd’hui. Pour permettre la continuité de la formation, Konexio a, comme de nombreuses autres associations, eu recours à l’envoi de matériel vers leurs bénéficiaires. Mais comment s’assurer que celui-ci ne soit pas contaminé quand il est reçu par courrier ? Il n’y a, aujourd’hui encore, aucune réponse satisfaisante à cette question.

Simplon a de plus été confronté à la question de la connexion à internet.

Des apprenants de la banlieue de Dakar ont ainsi rapporté ne pas avoir un euro à dépenser pour faire l’acquisition d’un pass journée à internet. Comment ne pas décrocher dans ces conditions ?

L’entreprise sociale a donc mis en place un dispositif en deux volets pour venir répondre à cette problématique. Ils ont tout d’abord contacté les grands opérateurs de téléphonie pour leur demander de mettre à disposition de la data gratuitement pour les apprenants.

Et dans les pays où cela n’était pas possible, ils ont sollicité une aide financière exceptionnelle à certains de leurs partenaires, afin de prendre en charge les pass internet de leurs apprenants.

Une petite logistique à mettre en place mais qui était nécessaire pour éviter les décrochages.

Etudiants face à un ordinateur

Une réalité peu visible

Il serait pourtant simpliste de penser que la motivation et une connexion à internet suffisent.

Et quand on regarde du côté de Social Builder, Simplon et Konexio, on se rend compte qu’il a beau s’agir de trois acteurs dans l’insertion par le numérique, les difficultés sont très différentes d’un acteur à l’autre.

 

L’envoi de matériel fonctionne sur une partie des populations cibles, mais s’avère inutile sur les populations qui ne possèdent pas les compétences de base. Si vous ne parlez pas la langue ou que vous ne savez pas utiliser un ordinateur, il n’y a rien qui puisse être fait. Konexio a ainsi été obligée de suspendre les formations qui portaient sur l’acquisition des compétences de base.

Celles-ci ne peuvent se faire qu’en présentiel. Il faudra attendre le déconfinement et la réouverture des espaces de formation.

La situation est sans appel : l’exclusion est d’autant plus importante pour les personnes qui étaient déjà déconnectées… cette situation renforce les écarts.

Jean Guo, co-fondatrice de Konexio 

Les problématiques semblent bien différentes pour Social Builder, association accompagnée par la Fondation Société Générale dans sa mission pour l’insertion professionnelle des femmes dans le numérique. En effet, leurs populations cibles possédaient déjà souvent le matériel et la connexion.

Et pourtant, quand on s’approche, on se rend compte que les freins sociaux et familiaux sont bien nombreux, puisque la formation n’est pas toujours bien acceptée par tous les conjoints. Emmanuelle Larroque, sa fondatrice et CEO, nous raconte ainsi la problématique des foyers où l’on ne compte qu’un seul ordnateur. Quand les parents doivent télétravailler et qu’il faut en plus faire l’école à la maison, les femmes sont nombreuses à devoir se contenter de suivre les formations depuis leurs smartphones.

Quand elle nous livre cette réalité peu visible, Emmanuelle regrette de ne pas pouvoir aller plus loin dans la prise en charge d’un accompagnement plus psychologique et plus intégré dans la réalité familiale. Ils travaillent ainsi avec d’autres acteurs quand cela est possible. « Ce n’est pas de notre ressort, nous explique-t-elle. J’ai une vision 360 et je me dis toujours qu’il faut prendre la personne dans toute sa réalité ».

L’autre grande problématique que rencontre Social Builder, c’est la question des débouchés. Comment garantir aux femmes que l’on va continuer à les connecter au monde de l’entreprise quand les recrutements sont tous gelés.

« On va mobiliser nos partenaires en entreprises pour que nos bénéficiaires fassent des e-stages, des e-visites d’entreprises, qu’ils fassent du mentorat, mais un peu différemment que ce que l’on avait envisagé. Cela va nous obliger à innover ».

Après avoir constaté la situation et les actions mises en place par ces trois acteurs de l’insertion professionnelle, nous vous invitons à découvrir les leçons de ce confinement et les bonnes pratiques de ces acteurs dans un second article intitulé : L’insertion professionnelle ne sera plus jamais pareille après ce confinement – très bientôt sur notre site.

 

Photo : unsplash