Insertion professionnelle : comment s’organise la reprise post-confinement après un arrêt total ?

Découvrez le retour d'expérience de notre partenaire Rejoué

page_content

Un atelier et des boutiques fermés pendant près de trois mois, une reprise chaotique de l’insertion après des moments difficiles et une activité de team-building remise en question pour l’avenir proche, Rejoué cumule les défis au sortir de cette période de confinement.

L’association s’est adaptée, et parfois même réinventée, pour faire face à cette crise sanitaire et économique sans précédent.

Portrait d’un partenaire de la Fondation Société Générale qui œuvre pour l’insertion par le travail au travers de la collecte, la remise en état de jouets.

L’arrêt total pendant le confinement

Rejoué opère un vaste atelier pour offrir une seconde vie aux jouets en organisant leur collecte, tri, nettoyage, et nouvelle mise en vente.

Dès l’annonce du confinement, celui-ci ferme ses portes et ce sont 38 salariés, l’intégralité des salariés en insertion de l’association, qui sont mis en chômage partiel. Le travail à distance n’est tout simplement pas une option quand il s’agit d’une activité de production.

Un arrêt qui générera 50.000 euros de pertes pour chaque mois de non-activité.

De leur côté, les 14 permanents de l’association alterneront télétravail et chômage partiel pour poursuivre à distance l’accompagnement des salariés en parcours.

De l’aveu même de sa directrice, Rejoué n’était pas du tout prêt au télétravail, pratique qui n’était pas dans la culture de l’association. Les collaborateurs ont dû rapidement se former aux outils.

Cette crise s’est accompagnée d’une nécessité de s’adapter… il a fallu se réinventer.

Nathalie Ourry, directrice d’établissement Rejoué

Un déconfinement compliqué

Dès la fin du confinement le 11 Mai, une partie des permanents est retournée à l’atelier pour préparer sa réouverture et le retour des salariés en insertion la semaine suivante.

Un plan de reprise d’activité qui s’est décliné aussi bien pour l’équipe d’encadrement, les salariés en insertion, que pour les bénévoles ou les clients dans les boutiques.

Le retour au travail s’est pourtant fait avec un peu plus de la moitié des effectifs à cause de problématiques de garde d’enfants ou de santé.

Cette reprise a été très appréciée par de nombreux salariés qui ont vécu des moments difficiles.

« C’est moins difficile de revenir travailler que de rester chez eux, nous confie la directrice de l’établissement. L’isolement du confinement a causé beaucoup de souffrance pour des personnes qui sont déjà isolées toute l’année. Ce retour sur site était un soulagement ».

Et si l’ensemble des salariés en insertion voulait reprendre, le contrecoup arrivera plus tard. C’est aujourd’hui qu’ils montrent des signes de décrochage, invoquant la peur du trajet vers l’atelier ou la maladie.

Nathalie en a une lecture entre les lignes, devinant les raisons profondes de l’épuisement qui a mis plusieurs semaines à se manifester.

« Ils avaient l’impression qu’avec la fin du confinement, leurs problèmes allaient être terminés. Cette période était très difficile, mais au moins il y avait une date de fin : le 11 Mai. Et même si le déconfinement est maintenant arrivé, et que l’on peut revenir travailler… ils n’ont toujours pas de logement, ils ont toujours leurs problèmes familiaux et de santé. Il n’y a pas de date butoir pour tout cela, personne ne pourra leur dire que demain ça ira mieux. »
 

Une réalité difficile à admettre, qui demandera une grande vigilance de la part des équipes de Rejoué.

L’association multiplie ainsi les moments d’accompagnement individuel pour identifier les problématiques et rattraper les salariés en décrochage. Grâce à Convergence, un dispositif d’accompagnement renforcé dont elle fait partie, elle propose un suivi psychologique via des groupes de paroles et du coaching en binôme.

Rejoué multiplie ainsi les initiatives pour travailler sur le bien-être de leurs salariés, comme des ateliers de musicothérapie, animés par des salariés permanents qui s’y sont formés récemment.

Salariée en insertion triant des jouets

S’adapter et se réinventer

Pour l’ensemble des personnes qui travaillaient sur l’activité commerciale de Rejoué, la période de confinement a été utilisée comme un moment de réflexion sur l’après.

En effet, l’association a très vite réalisé que ses offres à destination de ses partenaires entreprises n’allaient tout simplement pas être adaptées au monde d’après.

En première ligne, les team-buildings organisés par Rejoué pour engager les collaborateurs de leurs entreprises partenaires dont des équipes de Société Générale.Cette activité importante ne pourra pas reprendre avant de longs mois.

Une entreprise est pourtant venue vers l’association pour lui demander s’il était possible de remplacer le team-building classique par un « e-team building ».

Après s’être laissées le temps de la réflexion, les équipes de Rejoué sont revenues avec un concept évidemment très différent des évènements habituellement organisés, mais qui permet l’engagement des collaborateurs au travers d’un moment de découverte et de sensibilisation autour de l’économie circulaire. Et pendant que le salarié s’investit dans cette action, l’entreprise s’engage à acheter un certain nombre de jouets au profit d’une association partenaire. Cela permet de mettre en valeur le cercle vertueux de l’opération auprès du collaborateur : donner,  valoriser, faire travailler un salarié en insertion pour, in fine, apporter du bonheur à des enfants.

Les entreprises ont cette difficulté de recréer du collectif alors que chacun est chez soi. Il y a cette nécessité d’impliquer les salariés et c’est l’expertise de Rejoué

Nathalie Ourry, directrice d’établissement Rejoué

Rejoué s’est aussi rapidement mis en lien avec ses entreprises partenaires pour comprendre leurs besoins actuels et tenter d’y répondre au mieux.

L’association va donc multiplier les ventes éphémères plébiscitées par les entreprises et qui permettront ainsi d’écouler une partie des jouets stockés.

« On s’ajuste au coup par coup », explique-t-elle.

Parfois, ces nouvelles orientations viennent aussi du monde associatif. Au début du confinement, un organisme s’occupant de jeunes mamans isolées a contacté Rejoué car ils devaient, en urgence trouver 250 jouets pour occuper les enfants pendant cette période et recréer du lien social.

Une année d’incertitude

« Nous aurons une année très difficile, nous livre Nathalie Ourry. Mais on s’en sortira. »

Rejoué fait donc face à une réinvention de son modèle et sait que la période n’est pas terminée. L’association travaille beaucoup avec les crèches et les écoles, mais celles-ci n’achètent pas de jouets en ce moment, se concentrant d’abord sur les modalités d’accueil des enfants dans les meilleures conditions sanitaires.

Nathalie souligne l’importance d’avoir de grands partenaires qui les soutiennent dans cette période et s’engagent à mener des actions auprès de leurs collaborateurs, même si le format sera évidemment différent de ce qu’ils avaient pu prévoir.

Et puis la directrice de Rejoué est d’un naturel optimiste, elle rappelle que la grande saison pour la vente de jouets est encore devant eux :

« Noël arrive et il n’y a pas de raisons pour que les gens ne continuent pas d’acheter des jouets dans nos boutiques ou lors de ventes éphémères dans les locaux de nos entreprises partenaires».